vendredi, 06 juillet 2012
Les livres numériques dans ta Bib : Où ? Comment ?
Les propositions actuelles d'accès aux livres numériques (homothétiques sous droits) pour bibliothèques passent par des relais : plateformes, webservices.
Ces propositions facilitent - peut-être - la vie des bibliothécaires. Mais elles encapsulent de fait les droits et les accès.
En écoutant l'idée de Franck Queyraud et en regardant les initiatives prises déjà par quelques bibliothèques pionnières à leur façon , ne faut-il pas se poser la question non seulement du garage des livres numériques, mais de l'atelier de préparation, mais aussi de la fabrique ? Mais aussi du service ?
On peut appeler cela Plateforme, webservice, Portail.
Faut-il le rappeler ? Oui. Le dépôt de livres numériques ne constitue pas une bibliothèque.
L'idée de départ est la suivante:
- atteindre l'ensemble des livres numériques que souhaite présenter la Bibliothèque (quels que soient ses critères de choix : collections, suggestions des lecteurs, actualité), quels que soient leurs statuts (sous droits, libres, du domaine public, création, etc ...)
- puis mettre à disposition les livres numériques.
La présentation des documents est forcément liée à un travail de référencement et de médiation. Aucune bibliothèque ne peut s'exonérer d'un choix, d'un sens de classement et d'une action de présentation. Pourquoi en serait-il autrement avec le numérique ?
Au passage, disons que pour atteindre des livres numériques, point n'est besoin - forcément - de les emmagasiner physiquement sur son serveur : les "hub" permettent tout-à-fait de rendre accessible tout livre numérique sous droits dont l'accès a été décidé et contractualisé, et tout ensemble de données nécessaire à la description et au téléchargement (ou à la lecture en streaming)
En "remontant" les flux et les métadonnées là où "ça va bien se mettre", on commence à approcher pour de vrai le travail du bibliothécaire.
Mais cette idée simple est-elle réalisable ? Sans doute, puisque les éditeurs la pratiquent avec quelques plateformes bien connues mondialement. Comment ? En signant des contrats.
Où serait l'empêchement ? Sans doute dans deux arguments :
- la multiplicité des contrats à signer avec 2 000 ou 3 000 bibliothèques publiques (ou plus exactement leurs collectivités), et on peut comprendre combien ce travail serait difficile à réaliser, sauf à passer par un Hub qui détiendrait déjà l'autorisation de tous les éditeurs concernés, en lien avec une association nationale dont la mission est d'accompagner les bibliothèques vers les ressources numériques (simple suggestion),
- la nature et le montant de la rémunération liée aux droits.
Ces deux arguments ne sont pas dans le même plan. Ils procèdent de deux étapes distinctes :
1. La Bibliothèque met en place un Web-service/Plateforme/Portail qui permet de "voir" tous les livres numériques : métadonnées, et premières pages (extrait), description, modes de lecture. Cette étape est réalisable techniquement.
2. En fonction du ou des contrats signés (dont il faut bien rappeler qu'ils relèvent de marchés publics), la bibliothèque rend accessible la lecture du livre numérique par ses abonnés. Les modalités sont définies par le marché : stockage sur place et/ou à distance, téléchargement possible, streaming et/ou lecture en cache, déchargement sur des liseuses, etc ...
En revenant sur les projets de formes de licences globales ou légales, ne faut-il pas dire alors que le principe même de la licence est d'abord de permettre effectivement l'étape 1 (et ceci pourrait répondre collectivement à la difficulté des multiples contrats) ? Incluant donc la possibilité de passer à l'étape 2, par l'intermédiaire - c'est ma position - du libraire (les contrats de mandat sont alors négociés avec cette option).
Sans entrer ici dans les mécanismes de calcul de cession de droits, l'installation de services rendant visibles les livres numériques constitue à coup sûr une première étape. Elle agrège bien tous les livres numériques, quels que soient leurs statuts, à partir du moment où leurs métadonnées sont compatibles. Elle procède d'une intention de la bibliothèque à faire connaître et découvrir la lecture numérique à tous ses usagers.
Est-ce la fin des prestataires qui aujourd'hui assurent ce type de services sur des ensembles thématiques de collections ou des pans restreints de livres numériques ? Non pas, ils peuvent tout-à-fait proposer leurs services pour mettre en place la plateforme pour la bibliothèque (c'est une prestation à part entière), voire gérer à sa demande l'ensemble du service.
Et pour les éditeurs numériques ou services thématqiues, leurs liens vont rejoindre ceux que la bibliothèque aura mis en place par ailleurs dans sa bibliothèque numérique (mais on peut en reparler)
Voici donc le garage, son atelier de préparation et plus tard sa fabrique (des bibliothèques y sont déjà) de livres numériques. Mais quel service ?
La valorisation des livres numériques reste une des tâches essentielles des bibliothécaires. Actionner la médiation numérique (du numérique, par le numérique, pour le numérique) va amener à "produire" comme on dit, et enrichir très notablement la bibliothèque numérique. La plateforme doit le permettre et l'intégrer, sans d'ailleurs que les contenus quittent leur statut public (application de licences libres sur les contenus). Les éditeurs & les libraires qui sont dans cette démarche autorisent alors leurs flux à venir compléter ce travail.
De même, les autres interpellations numériques (notamment les réseaux sociaux de lecture) doivent pouvoir s'adjoindre à cette démarche, qu'ils soient ceux suscités par la bibliothèque ou celui choisi par le lecteur.
Aucune proposition aujourd'hui ne permet vraiment de réaliser ce shéma. Mais cette hypothèse ne serait-elle pas examinée lors des prochaines réunions de concertation sur la commercialisation des livres numériques en bibliothèque ?
En résumé, réfléchir au dossier du livre numérique en bibliothèque suppose de mettre les boeufs avant la charrue, en partant des attentes concrètes des bibliothécaires, en lien avec les acteurs de l'écosystème numérique. Là où la recherche du retour de la rémunération des droits a toujours supplanté tout autre aspect de la démarche, il est sans doute grand temps de refaire le chemin à l'envers, d'écouter et d'analyser les expérimentations, d'en tirer les conclusions et de rouvrir le chantier sur des bases pas si nouvelles que cela .
On y verrait tous plus clair et alors on pourrait ensuite parler - pièces en main - des coûts de cession des livres numériques.
16:48 Publié dans ebook, bibliotheques, bibliothécaires, bibliothèqu, livre(s) numérique(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bibliothèque, ebook, livre numérique, libraires, éditeurs |
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mercredi, 04 juillet 2012
Livre numérique en bibliothèque : idées reçues ...
Le mois de juillet voit se succéder réunions et groupes de travail autour du livre numérique en bibliothèque : sans doute un mouvement dû aux premiers rendus de l'étude confiée à l'Idate. Ces consultations sont peut-être également des tests pour éprouver des modèles économiques autour de l'application du décret de la PULN.
Mais qu'en est-il au fond ?
Les bibliothèques sont intéressées par les livres numériques : VRAI
Au regard des nombreuses expérimentations en cours (liseuses, tablettes, abonnements), on peut dire que les bibliothèques s'intéressent de près au livre numérique. Et plus exactement à la lecture numérique. Elles essaient tous les modes et supports et testent auprès des lecteurs l'intérêt à court et moyen terme. Leurs préoccupations : susciter l'intérêt pour la lecture numérique, faire découvrir, connaître les disponibilités, réfléchir à la médiation, enrichir le livre numérique par un environnement de qualité (voir plus loin : plateforme).
Complément, supplément, suppléance : dans l'organisation de l'accès, le numérique apporte de nombreux avantages. Mais la bibliothèque ne part pas de rien... Elle s'appuie sur son expertise, dialogue avec les éditeurs, les auteurs et les libraires. D'ailleurs, outre les missions des pouvoirs publics (on pense au ministère de la Culture via le SLL et le CNL), des structures associatives (Carel) et régionales (les CRL) pratiquent déjà ces concertations. Elles semblent plutôt habilitées à devenir lieu de débats sur ce sujet.
Le livre numérique est l'avenir des bibliothèques...et donc des éditeurs : VRAI / FAUX
Bibliothèques : pas tout de suite
Disons que l'offre de livres numériques sous droits est aujourd'hui trop faible pour la mettre en rapport avec les collections des bibliothèques publiques. Avec environ 30 000 livres numériques homothétiques sous droits en format EPUB, il est difficile de constituer des ensembles cohérents et représentatifs dans tous les domaines. D'autant que les éditeurs ne vont pas tous à la même vitesse : si les plus grands avancent à pas plutôt comptés, les moins grands développent parfois des stratégies plus audacieuses pour proposer une grande partie de leur catalogue. Mais à part quelques ensembles intéressants, le compte n'y est pas encore.
Editeurs : sans doute faux
Les bibliothèques n'achètent pas leurs livres chez les éditeurs ... mais chez les libraires. Lesquels sont en capacité aujourd'hui de proposer un service d'accès aux livres numériques sous droits. Le libraire reste garant de la diversité, il est multi-éditeurs, il parle avec les bibliothécaires et propose une offre adaptée aux publics. Côté médiation, il est un des passeurs nécessaire ; sa production éditoriale peut alors être accessible aux réseaux de bibliothèques et partagée avec elles. Les éditeurs seront donc les bénéficiaires associés au développement du livre numérique en bibliothèque, avec les libraires.
Le livre numérique homothétique représente la majeure partie des livres numériques : FAUX
Disponibilité : autant de livres du domaine public et sous licences libres que de livres sous droits = l'univers de la lecture numérique en bibliothèque est très large. On doit y ajouter les livres non imprimés, la lecture sur le Web (beaucoup plus prometteuse que l'homothétique), les revues et magazines, et enfin les applis Livres enrichis/augmentés. On sait que les textes numérisés de la bibliothèque (fonds anciens et patrimoniaux, par exemple) peuvent devenir des livres plus facilement accessibles. Et on peut penser que le livre numérique homothétique n'est qu'une forme passagère et qu'il sera remplacé à terme par des formes plus dynamiques, plus interactives, plus multimédia.
Les modèles économiques sont l'affaire de tous : FAUX
La Loi PULN confie aux éditeurs le soin de fixer le prix du livre numérique. Le décret prévoit des modalités particulières, qui peuvent être adaptées aux bibliothèques.
Le modèle économique appartient aux éditeurs : les prix fixés doivent refléter, à terme, un équilibre et un profit. En face de ce marché : les capacités des bibliothèques à financer (mais l'étude Idate a-t-elle abordé concrètement ce point ? ). Ce qui ne signifie pas que le livre numérique n'a pas de prix : il doit bien évidemment être fixé en fonction de l'usage et du respect des droits.
Soit c'est dans le contrat (marché public sous toutes ses formes ou procédures adaptées) que sont présentées les propositions, soit émergent des formes de licences légales nationales qui donnent accès à l'ensemble de la production numérisée pour toutes les bibliothèques publiques.
Plateforme : pour quoi faire ?
Il reste alors aux bibliothèques le chantier de la recherche d'un web service ou d'une plateforme pour mettre à disposition les textes numériques : ce point doit être différencié du prix, car il fait l'objet d'une prestation différente et ne concerne que partiellement les livres sous droits).
C'est la condition nécessiaire pour accompagner le texte numérique par une valorisation : contextuelle, référencée, reliée aux autres fonds de la bibliothèque, puis relayée sur les réseaux numériques et enfin partagée avec les lecteurs.
Dans le contrat, il y a...
Autrement dit, la discussion porte bien sur le coût de la cession des droits et la rémunération (vers éditeurs - libraires et/ou e-distributeurs) quel que soit le mode de lecture. (--> dans la Loi sur le droit de prêt de 2003, à aucun moment, la bibliothèque n'est contrainte dans l'accès à la lecture : durée, nombre de prêts, publics lecteurs, etc...). La chronodégradabilité, le "un pour un", un nombre limité de lectures, le déchargement sur des supports de lectures numériques proposés aux lecteurs ne peuvent constituer des préalables : ce sont tout simplement des conditions du contrat que les bibliothèque demanderont ou pas, en fonction de leurs objectifs, de leurs missions et des services mis en place. L'interprétation du décret de la loi PULN prend alors tout son sens, côté bibliothèques : respect des droits, mais aussi coût en fonction des usages.
Un livre numérique en bibliothèque, c'est pour la vie : FAUX
Les collections font sens dans la bibliothèque parce qu'elles sont renouvelées, articulées (d'où la nécessité d'une offre cohérente) et... désherbées. Le numérique n'échappera pas à cette règle, sous peine d'encombrer les étagères numériques et de brouiller la lisibilité des collections. Un ouvrage plus pertinent remplacera l'autre, les achats du moment (actualité, rentrées littéraires, événements) disparaîtront. La vie de la bibliothèque numérique est fonction des choix, des centres d'intérêt, des demandes.
Le prix unique du livre numérique doit entraîner une normalisation des coûts d'accès : VRAI et FAUX
Les différentes interprofesions se sont longuement exprimées sur cette question. Et cette question est évidemment incluse dans celle, plus large, de l'accès à la culture.
Les bibliothèques publiques n'ont pas - faut-il le rappeler - d'existence juridique : ce sont les collectivités qui créent leurs actes juridiques. Cette responsabilité est à mettre en parallèle avec les compétences teritoriales. A cet égard, le livre numérique, sur un territoire donné, n'intéresse pas que les bibliothèques : les CDI (collèges, lycées), par exemple. Dans ce cadre, la bibliothèque est par excellence le lieu de l'accès public : tous les inscrits ont les mêmes droits.
Le cadre de la Loi est donc compris comme un outil de régulation entre une offre commerciale et un accès pour un usage public. En l'état, la discussion doit être large, elle doit faire place à des essais et accepter que sur le moyen terme les propositions concourent à renforcer l'écosystème du livre numérique tout en élargissant notablement l'accès.
Sur les modalités de calcul, on pourrait avancer de nombreuses hypothèses. Nul doute que l'étude commanditée par le SLL en comportera suffisamment pour engager de fructueuses négociations avec tous les partenaires, ou plus exactement avec les acteurs qui en manifesteront résolument et collectivement le souhait.
En bref, le livre numérique en bibliothèque peut devenir un formidable accélérateur d'usages, à condition que ce soit un chantier collectif, qui n'ignore rien des spécificités des acteurs de la lecture publique .
16:24 Publié dans Bib en prospective, demain, les bibliothèques, livre(s) numérique(s) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : ebook, bibliothèque, sll, iabd, addnb |
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lundi, 02 juillet 2012
Livre numérique : place à la création en Bibliothèque

En 2011, la Bibliothèque et le Museum d'Histoire naturelle de Toulouse avaient lancé un Concours de nouvelles dont les lauréats étaient assurés d'être publiés ... en numérique et de recevoir en cadeau une liseuse.
Renouvelé en 2012, avec succès (62 candidats), le concours apporte son lot d'améliorations :
- fichier EPUB réalisé en interne avec les compétences croisées des graphiste, webmestre et ... d'une collègue très motivée (création via Calibre et Sigil), ce qui n'a pas été sans tâtonnements ...
- recherche d'une diffusion plus large. Accord avec Feedbooks pour publier sur leur site le recueil de nouvelles ;
- livre glissé dans le Pack "livres sous licences libres" pendant la Quinzaine du Libre à la Bibliothèque.
Résultats :
- 147 téléchargements à ce jour sur le site de Feedbooks (pas de chiffres précis en 2011)
- fichiers sous multiples formats (EPUB, PDF, mobi, voire PDF personnalisé) ;
- meilleure expérience éditoriale.
Ouvertures :
- une nouvelle compétence - dans le domaine éditorial - ce qui appelle une formation solide si l'on veut continuer,
- des possibilité d'engager d'autres chantiers ;
- une ligne éditoriale qui pourrait être la suivante : publications de textes sous licences libres , qu'ils soient de fiction ou documentaires et à condition qu'ils soient des créations.
Questions :
- cette expérience renvoie-t-elle à une fonction éditoriale des bibliothèques?
- peut-elle concerner les lecteurs en tant que créateurs ?
Et pourquoi pas ?
14:42 Publié dans BIB, livre(s) numérique(s) | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : toulouse, bibliotheque, libraryr, création, feedbooks |
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