vendredi, 16 décembre 2011

Comment souhaiter un bon Noël & une bonne année à Gilles Emilie et Clarisse ?

(les prénoms ont été  bien évidemment été inventés pour respecter l'intimité et l'anonymat)

Avertissement

Ce billet n'engage que son auteur, au titre du droit d'expression individuelle et sans contrevenir à ses droits et obligations. Je m'appuie sur le pacte républicain tel qu'Anicet Le Pors a pu le définir pour le fonctionnaire que je suis.

Précaution

De même, je ne mets pas en cause le DRH ni les responsables d'un équipement ou d'un service ; ils sont d'une certaine manière, eux aussi tout comme moi, à la merci d'un système, d'un système.

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(ça s'appelle un cactus de Noël )

C'est une petite histoire presque banale, parce que tellement courante. Ils sont trois à travailler dans cet établissement culturel d'une mairie : webmaster, chargé de com (dont sites Internet entre autres), graphiste. Leur statut ? Contractuels, dont le renouvellement éventuel est maintenant fermement arrimé au passage (et à la réussite d'un concours), c'est-à-dire " pas de concours, dehors à l'échéance".

Cette situation encore un fois, n'est pas extraordinaire.

Seulement que.

Seulement que les trois sont une double compétence (et on apprécie) : ils sont forts dans leur partie (on les a embauchés pour ça, normal) et ils ont bien compris les problématiques de ces établissements culturels où le numérique est, comment dire ? très loin de l'odeur de papier et du crissement des pages qui se tournent à la main. Enfin un peu moins loin maintenant, grâce à eux.

La DRH veut appliquer la règle : "fin de contrat, pas de concours ? Circulez". On peut aussi leur dire : "quand on va faire appel à candidatures, revenez, on examinera". Elégant.

Depuis quelques mois, le contrat a été renouvelé pour une durée d'un an maxi. La première "sortie" (excusez du terme) aura lieu en mars. Joyeux Noël en attendant.

J'y vois une double perversion (ou une double peine)  :

1.  aucun grade dans le statut de la fonction publique territoriale n'a de concours dont les options sont  adaptées à ces métiers, encore moins dans la filière dite culturelle. On raccroche comme on peut. Je vous laisse deviner les entretiens avec les jurys, voire les épreuves écrites. Le moule est un peu ancien. A quand un référentiel des métiers du numérique auquelle correspondra une reconnaissance réelle ? Le statut n'étant pas une fin en soi, pourquoi pas un moratoire qui respecte les gens d'abord, leurs compétences ensuite, les missions confiées enfin ? Du genre "on signe un contrat genre CDI 3 ans puis on fait le point. Pas de concours adapté ? Si vous êtes partant-e, on renouvelle". J'ose à peine évoquer un ajustement de la rémunération pourtant bien légitime au bout de deux ou trois ans.

 2. Vivre avec l'idée que dans deux mois, trois mois, six mois, on va sans doute partir pendant que sont fixés - par évaluation annuelle - des objectifs à plus long terme relève de la mauvaise foi ou du cynisme. Les professionnels du numérique - comme bien d'autres c'est vrai -  sont en autoformation permanente, ils se préparent donc sans cesse et élaborent à l'avance. Associés aux projets de projets, ils sont réactifs, agiles, en réseau. Avec ce bagage, ils apportent "plus que la lumière" : bien souvent de la cohérence, de l'innovation  des savoir-faire. De vrais artisans (oui je les aime).

Je dis ici non seulement mon incompréhension devant la mécanique administrative - il en faut bien une -  mais surtout ce qui motive cette "indignation" : faire passer la règle au-dessus des gens, lesquels sont plutôt jeunes, vous savez ces jeunes dont on dit qu'ils sont par ailleurs "l'avenir". Pas de place pour eux, les systèmes nécrosants les refusent. Je cautionne en permanence puisque je ne peux rien faire.

Et en même temps - hasard ? - je suis invité à participer à un groupe de travail qui prépare un séminaire des directeurs de services culturels sur le thème "Nouvelles pratiques culturelles et numériques". Je ne peux que leur dire ou faire passer ce message prioritaire et je leur écris ceci : de compétence pointue (encore), les professionnels du numérique n’entrent pas dans les cases du statut général de la fonction publique. Les contrats soumis à la réglementation nationale et aux règles locales tiennent-ils compte suffisamment de cette spécificité ? Double compétence : celle de leur métier lié au numérique d’une part, celle attachée à leur excellente connaissance de l’institution locale d’autre part.. Soit des passeurs entre privé et public, qui s’engagent plus sur des projets à long terme que sur des actions ponctuelles. Cette distorsion  évidente dans les services) entre titulaires et contractuels ne doit-elle pas être réduite pour sur une plus juste estimation de la compétence, de la spécificité, afin d’assurer (thème de ce séminaire) de nouvelles pratiques culturelles professionnelles ?"

Comme je ne suis pas certain que le message passe suffisamment, je reprends ma plume ici.

Encore une fois, cette situation est ordinaire. Il se dit aussi que lorsqu'on travaille dans des services "nobles" ou plus "stratégiques", les renouvellements de contrats ne poseraient pas les mêmes  difficultés. Une règle, deux applications différentes. Le service public n'en sort pas grandi, sa fonction publique non plus.

Il y a de l'indignation, de l'Occupy dans l'air. Il y a du malaise.

Aujourd'hui je ne suis pas fier d'être un agent de la fonction publique.

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mardi, 15 novembre 2011

Amazon_Kindle vs bibliothèques : frissons, fissions, frictions,fictions

 

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 Kindle/Amazon vs bibliothèques : diaboliser ou non ?

 

On parle de bibliothèques équipées de Kindle mises à la disposition des lecteurs. C'est aux USA. Il se dit qu'en France cette hypothèse, finalement, constitue une bonne alternative aux multiples plateformes qui nécessitent autant d'abonnements que de réservoirs. D'autant que que le " lecteur" (liseuse) serait préparé pour accéder sans autre formalité à l'ensemble de l'offre souscrite par la bibliothèque.

Bien évidemment, ça fait frissonner (de plaisir, d'envie, de terreur). 

Loin d'être un adepte des systèmes fermés, je n'adhère donc pas aujourd'hui à une [hypo]thèse qui verrait les Kindle d'Amazon porter la lecture numérique en bibliothèque comme une prestation machines/livres.

Et je reste avec ces cinq interrogations.

1. Quid des libraires ?

Historiquement, nos relations avec les libraires sont fortes : achats, animations, "occupation"  conjointe sur le territoire d'espaces de médiations et de diversité culturelle. Imaginer une distribution de livres numériques sans en parler à son partenaire ? Même s'il renâcle parfois à y venir ?

Et pour les plus avancés, abandon des e-distributeurs/prestataires qui ont tenté avec plus ou moins de succès de rendre le livre numérique accessible en bibliothèque ?

2. Confidentialité/intimité de la lecture

 

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Question des conservations des données de lecture : quelle conformité avec les mesures prévues par la Cnil  : Amazon aurait accès de facto  aux usages de lecture en bibliothèque par le listing des livres consultés  + heures de lecture + passages + localisation et tutti quanti  ( La Cnil encadre précisément ce point dans l'univers du document physique)

mais edit 21 nov 2011 : Virginie Clayssen rapporte les éléments d'éclarcissement sur ce point )

3. Marchés publics.Quel type de marché public ? libraire ou éditeur ou prestataire de services ? En droit français, comment qualifier ce marché public ? Et comment rédiger un appel d'offres qui devrait aboutir à la fois à une prestation de services et à une "livraison" de livres numériques ? Pourquoi alors

4. Accès - indirect sans doute - aux catalogues. Si les bibliothèques intègrent dans les Opac un lien internet vers les livres numériques d'Amazon - c'est vrai que c'est déjà un peu le cas avec les couvertures mais celles-ci peuvent être négociées par des prestataires de SIGB donc plus opaques (sans jeu de mots) -  autrement dit selon qu'on va pointer sur la notice ou sur l'exemplaire, quelle sera la certitude que ces notices ne sont pas "englouties" dans l'univers Amazon ?

5. Question des  financements publics : les éditeurs bénéficient d'un régime d'aides publiques variées. Dont des aides conséquentes à la numérisation. Avec obligation de déclarer son ou ses e-distributeurs. Payer l'accès à des livres numériques via un opérateur qui n'est pas domicilié fiscalement en France, comment on explique ça ?  Et quid de la chaîne vertueuse du livre dans cet écosystème numérique ?

Le débat est ouvert.


edit 17 novembre : http://marlenescorner.net/2011/11/16/pret-debooks-ca-ress...

lundi, 10 octobre 2011

Ce que je n'ai pas montré au Motif le 4 octobre 2011

Que se passe-t-il entre les bibliothèques et le numérique ? pourquoi ça "coince" ?

Le Motif organisait  le mardi 4 octobre 2011 une journée  consacrée aux expérimentations du numérique en bibliothèque.

Pour diverses raisons, je n'ai pas pu projeter ce montage qui me semble résumer l'état d'esprit de bien des bibliothèques face au numérique.

Merci à la médiathèque de Viroflay pour son accueil.

edit 11 oct : le commentaire de Vincent Monadé sur son blog 

vendredi, 30 septembre 2011

livre numérique en bibliothèque : sept réalisations

A défaut de disposer de bouquets pour les lecteurs abonnés, ce qui est une bonne idée, que peut-on faire autour et avec le livre numérique ?

Voici 7 réalisations qui ont été testées à la Bibliothèque de Toulouse en 2010/2011.

1. Mettre en valeur un texte "ancien" numérisé dans le contexte d'une expo

 

dieulafoy, toulouse, perse

C'est l'histoire de Jane Dieulafoy, toulousaine habillée en garçon, qui parcourt la Perse pendant 14 mois en 1881-1882. D'où sort ce projet ? D'une exposition consacrée aux sociétés de géographie et organisée par la Bibliothèque d'étude et du patrimoine (Périgord pour les intimes). Jane  tient le journal de bord de ce périple et le publie (42 chapitres) pendant que Marcel, son mari, fait le travail scientifique. Exhumée de la bibliothèque de l'Université de Columbia, l'histoire devient un feuilleton sur le site Internet de la bibliothèque. Et se met en scène à partir d'un tumblr qui chaque jour donne à voir le voyage selon une ligne éditoriale très simple : dates // "tags" // extrait // lien vers le chapitre (posté sur un feuilletoir). Jane a du talent, de l'humour et observe avec acuité les civilisations qu'elle décrit d'une humeur égale.

septembre/décembre 2011

 --> valoriser les numérisations // accompagner une expo // raconter "une histoire" // amplifier l'expo par un récit historique // apporter un "plus" à l'expo en ligne.

2. Créer un livre numérique à partir d'un concours de nouvelles

paroles de squelettes

"Paroles de squelettes" est une expo du Museum d'Histoire naturelle de Toulouse qui s'est accompagnée d'un concours de nouvelles.  Plus de 50 écrivains ont concouru au Prix. sa remise a été l'occasion d'un échange  très convivial entre auteurs et jury. La sélection retenue s'est accompagnée de la fabrication d'un livre en format epub téléchargeable librement ici . Le partage des tâches entre Bibliothèque et Museum ? A la bibliothèque le soin de créer le fichier epub et de le rendre accessible "proprement".

janvier/juin 2011

--> apprendre à créer un livre numérique // mutualiser les compétences entre deux établissements culturels // diffuser //

 3. Intégrer la présentation de liseuses dans les classes Patrimoine

Tout le monde connaît le principe de la  classe Patimoine. Celle-ci, autour de l'histoire du livre, s'est enrichie de la présentation de liseuses à encre électonique, comme si le parcours de la tablette d'argile à la tablette numérique était linéaire (mais ceux qui lisent François Bon "Après le livre" savent qu'il n'en est rien, ou tout du moins pas tout-à-fait comme ça). Cette introduction apparemment anecdotique permet de faire le pont entre patrimoine écrit ancien et nouveaux usages.

dès octobre 2010

--> actualiser l'histoire du livre //relier patrimoine et numérique //observer ensemble  les usages des générations Y et Z //

4. Prêter des liseuses aux clubs de lecteurs lors des rentrées littéraires

liseuses,

Sur les clubs de lecteurs, on peut avoir des avis différents. Ceux-ci se font une rentrée littéraire chaque année. En 2011, on renouvelle l'opération de 2010 avec le prêt de liseuses sur lesquelles ont été téléchargés les romans (disponibles) et choisis par les clubs. En 2010, 10 titres (sur les 50 demandés, sur les 113 existants en numérique et sur les 701 titres en compétition). Les bibliothèques de quartier se chargent entièrement de l'opération avec les lecteurs abonnés. Ces lectures font l'objet d'un retour par questionnaire. Les résultats ont été publiés sur le site Internet de la Bibliothèque de Toulouse

octobre à décembre 2010

--> expérience de lecture numérique // multiplication des collections //partage des compétences dans les réseaux //

 5. Monter des modules d'accueil Livre numérique / lire dans le futur pour collégiens et lycéens

 Les profs de littérature profitent des programmes scolaires pour introduire des modules Découverte. "Livre numérique" fait partie de Lire dans le futur et est organisé dans la bibliothèque. Chaque année sont accueillis plusieurs groupes, à la demande. Une présentation à l'écran - mise au point par les bibliothécaires du pôle Intermezzo -  retrace les éléments essentiels et tire le fil rouge du livre numérique. Si les tablettes sont disponibles, elles font alors l'objet de manipulations en direct. Commentaires garantis...

depuis décembre  2010

 --> médiation sur le numérique // écoute des usages des générations Y // échanges //

 6. Parler livre numérique dans les salons (du livre ?) du numérique "dans la ville"

novela


cf quand la Novela lit

Cette idée d'aller au-devant des habitants comportait des risques. Pendant 5 jours, collègues et invités présentent les livres numériques aux toulousains : 175 Toulousains accueillis pour 294 démonstrations en octobre  2010. Des contacts, de sindications précieuses sur les usages et beaucoup d'échanges.

octobre 2010

--> impact sur l'image de la bibliothèque // expertises // action hors les murs

7. Prêter un livre ...et recevoir le fichier numérique en retour

alouer_sans_commission.jpg

L'affaire démarre par un message (sur Twitter) : qui  a un bon exemplaire de "A louer sns commission" de Didider Daninckx ?  Une bibliothèque, peut-être ? En effet. Le récit est simple

Il y a du Publie.net là-dessous, mais aussi du travail d'étudiants à Bordeaux.

Affaire conclue ... avec commission : la Bibliothèque reçoit le fichier epub et le met en partage pour tous les collègues.

mars 2011

--> partager sans s'appauvrir // réfléchir à la conservation // plaisir

 

 

mardi, 05 juillet 2011

Venise et ses poèmes sulfureux numériques

venise lekti.net

 

Ayant la chance de pouvoir tester les services expérimentaux (très expérimentaux) de lekti.net, je découvre "Poèmes luxurieux de la Venise du XVIII° " sur mon écran d'ordinateur.
Foin des cris d'horreur des puristes. J'ai apprécié cette bibliothèque numérique réalisée dans le cadre de la numérisation du catalogue de l'Archange Minotaure.

Donc je lis et je feuillette la version numérique dont les illustrations sont restituées avec une grande qualité.

Amateur de livres, et de lectures numériques par ailleurs (principalement sur Orizon de Bookeen), je découvre combien  mes pratiques de lecture changent assez profondément. On pourrait tirer les mêmes conclusions des différentes enquêtes rassemblées ici dans un article publié par l'Addnb,  association qui prête des liseuses à ses adhérents depuis janvier 2011.

Sans vouloir évoquer trop fort la sérendipité, je dirais plutôt que la lecture contient en elle-même cette curiosité et que le numérique l'attise. Encore faut-il que les éditeurs et leurs e-distributeurs organisent intelligemment les parcours, déployant la même compétence que lorsque les libraires mettent en place les tables.

J'ai du plaisir à explorer lekti.net, parce qu'il me donne du plaisir [le titre choisi ici n'y est pour rien :-)]. Tout comme j'ai plaisir à signaler sur un réseau social de lecture que ma lecture  peut intéresser d'autres lecteurs.

La boucle est-elle bouclée ? D'une certaine manière oui, si j'y ajoute que je voudrais recommander encore plus cette lecture et que j'attendrais de lekti.net  - ou de la bibliothèque qui pourrait me proposer cette lecture  - d'enrichir ma lecture par d'autres documents traitant de Venise (polars style Donna Leon pourquoi pas ou l'histoire de Venise ...).

On dira alors que le livre numérique n'est pas tout seul : il est dans mon contexte de lecture, je peux le partager, on me propose d'enrichir ma lecture, je peux dialoguer avec le libraire ou le bibliothécaire. Cet apport du numérique, s'il reconstitue simplement et en synchrone/asynchrone l'ensemble de mes attentes que je peux déjà satisfaire dans ma vraie vie, change assez radicalement ma pratique de lecture.

Et Venise, au-delà de ses gondoles (que je découvre virtuelles), devient si proche que mes notions d'espace-temps changent également.

 

Côté bibliothèques, une fois constatée l'indigence des catalogues numériques proposés - et je n'entre pas aujourd'hui dans les suites de la loi PULN - la première mission me semble relever de l'appropriation, de la découverte et de l'usage possible des livres numériques homothétiques. Pour le reste, il faudra bien se poser la question d'un service que je qualifierais d'augmenté, de médié (au sens d'une médiation entre le lecteur et la bibliothèque) et surtout d'enrichissant dans le partage. On pourrait appeler ce service une plate-forme : elle pourrait être partagée par plusieurs bibliothèques, donnant accès, après les autorisations nécessaires, à l'ensemble de la production de livres numériques. Avec cette demande d'accompagnement référencé. Avec un savant mélange de documents sous droits et du domaine public (pourquoi s'en priver), voire, quand les bibliothèques  et les centres d'archives s'en mêlent, des documents du patrimoine numérisé.

Mais ceci est une autre histoire...