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vendredi, 02 février 2007

Un mur de bruit dont le sens s'est enfui...(2)

(journée Urfist du 31 janvier 2007)

Ou comment Laure wikiprédit la fin des haricots et Olivier le meilleur des deux mondes ou le meilleur des mondes...
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Wikipédia

Les rappels de Laure Endrizzi apparaissent assez salutaires et légitimes comme elle pu en qualifier Wikipédia, au grand dam de quelques participants kamikazes ; je ne citerai pas de nom, mais on a quand même entendu un(e) universitaire français(e) raconter qu'il avait été envisagé de supprimer Wikipédia aux étudiants de son université ; le ridicule ne tue pas, mais la bêtise passive, si.
Rappels nécessaires sur la légitimité ainsi que sur le caractère emblématique d'une évolution culturelle et technologique.
La question vient alors naturellement. A quel niveau estimer la crédibilité du projet :
- projet encyclopédique ou produit éditorial ?
- contenu à fiabilité relative ou non ?
- assurance qualité (= une autre figure de l'évaluation dans le monde profane)

Sans entrer dans les détails de la présentation qui sera mise en ligne, et malgré l'excellence d'icelle, j'ai été très intéressé par la typologie des rôles qu'a développés l'intervenante :
- à l'évidence, auctorialité, éditorialité et diffusion sont communs à toute chaîne de production du savoir (et bien évidemment son évaluation en tant qu'information). Ce qui fonctionné pour le document physique se renouvelle dans l'immatériel et à plusieurs niveaux d'approche de la connaissance, du savoir et de sa gestion. A dire donc qu'un(e) bibliothécaire doit endosser ses rôles dans le travail de mise en valeur ; il (elle) est amené(e) à produire, dans le contexte de sa bibliothèque. Produire, créer, éditer, diffuser, et évaluer.
- l'évocation des experts gestionnaires chez les wikipédiens emplit toute la scène en ligne et hors ligne, par l'attribution de surveillants, secouristes, spécialistes, petites mains, correcteurs, secrétaires de rédaction, infographistes... S'y ajoutent de nouveaux métiers : surveillant général de liens externes, notamment.
- et retour sur les auteurs - au coeur du système - dont on dit qu'ils sont anonymes pour 17% en France. Laure Endrizzi les qualifie d'experts pointus, de "bons samaritains ", et les place dans une posture de modestie. Comme hors du système.
Mais se créerait en filigrane un modèle éditorial, aux fonctions hiérarchisées. Le contraste entre la professionnalisation décrite et le modèle hybride interroge encore plus sur le projet. Malgré les "passions adolescentes" qui agitent les Wikipédiens, l'aventure aurait échappé au corporatisme, à la spécialisation, à la tentation obsidionale...

Les questions de sens qui sont par ailleurs posées (qu'est-ce qui est encyclopédique ? qui est expert ? qui évalue ?) renvoient aussi à des univers plus vernaculaires que sont les bibliothèques aujourd'hui - et surtout demain. Ce qui fait sens dans et pour la bibliothèque n'en est pas très éloigné.
Dans un autre domaine -la presse -, il serait intéressant de regarder attentivement le fonctionnement d'Agoravox et de comparer les organisations et les valeurs.
[voir d'ailleurs cet article consacré au journalisme citoyen, un point de vue somme toute assez classique, comme quoi...]

Cette description méthodique de Wikipédia a permis de couper court (presque) aux sempiternelles critiques, ce qui n'est pas rien en soi, mais surtout a créé un corpus de réflexion adaptable à d'autres projets et réalisations similaires, et donc de développer une démarche d'évaluation.
Qui a dit que la recherche ne servait à rien ?
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Folk(box)son

Quittant les rives connues de l'encyclopédie de l'e-honnête homme, Olivier Ertzscheid nous entraîne sur les sables mouvants de la folksonomie. Son entrée en matière ( "ma partenaire refuse la folksonomie, comment l'y inciter?") faisait tout de suite monter la salle en température ; elle n'en redescendra pas facilement.
La présentation est déjà disponible, ici, et je ne vais m'échiner à mal dire ce qui est bien expliqué et de toute manière incontournable.
Maniant le paradoxe avec plaisir et sadisme, l'intervenant souhaite nous amener aux portes d'un constat cruel mais réel : échappent aux nouvelles générations toute notion construite de thésaurus, tout ensemble obsidional, parce qu'elles sont plus intéressés par leur propre méthode de classement. Dewey n'avait pas fait mieux il y a 130 ans mais croyait bien travailler pour la postérité...
De ce constat et de la potentialité du tag, de sa nécessité culturelle, enfin, signe d'un pouvoir qui en vaut bien d'autres, il n'était pas inutile d'imaginer la suite.
Elle est venue avec un nouveau modèle issu d'Amazon, AMAPEDIA.
En développant ses attributs et des valeurs, Amapédia à la fois détourne la folksonomie pour l'encapsuler dans l'application, mais aussi donne à voir une hiérarchie et une organisation en items plus qu'évocateurs : valeur partage des attributs essentiels, relation(s) "à" , relation "comme", relation "est".
On entrevoit des lueurs dans la jungle amazonienne, à condition toutefois de s'approprier correctement le dispositif. Un coup de main ne sera pas inutile.
Soit un portail de bibliothèque ouvert à la folksonomie des deux "côtés" [ usagers / éditeur du portail] en même temps que se met en place une logique de centres d'intérêt/genres/ dans le SIGB. La tendance Whasp du bibliothécaire pourrait être équilibrée par "la sagesse des foules".

En aparté, une discussion-mogettes : jusqu'où irait-on dans la reprise d'attributs ou de valeurs utilisés dans le monde marchand ? Pas loin selon mes convictions:
- tant doit être protégé tout recoupement de données issues des usages des lecteurs,
- afin d'éviter un fonctionnement obsidional [décidément, ce mot, très Urf !], où la recommandation successive ferait office de valeur. On peut penser que le rôle du bibliothécaire est tout autre...

A ce moment-là, il fallait sérieusement penser à s'alimenter dans les estaminets voisins.