Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 11 juillet 2012

Le livre numérique en bibliothèque: une petite fable ?

Paru dans le BBF  

bbf 2012 - t. 57, n° 3

dossier : Controverses

"Rachel a 20 ans. Elle ne se sépare jamais de son smartphone, fil essentiel de son existence sociale. Elle téléphone un peu, textoïse beaucoup, maile rarement et lit à l’occasion. Si les textes sont longs, l’ordinateur est sollicité (un netbook le plus souvent). Mais elle n’est jamais dépendante d’un stockage des contenus : elle consulte en ligne et uniquement en ligne, quel que soit le « lieu » de stockage.

La plateforme Bilinum [appelons-la comme cela], elle aime assez. Comme elle s’est identifiée une fois pour toutes, sa bibliothèque perso se charge au gré de ses envies… et des propositions. Non, elle n’achète pas de livres numériques : trop cher. Mais elle ne dit pas non si « on » lui propose ou suggère une lecture.

Avec son compte de base, elle peut voir les livres numériques libres de droits : domaine public, patrimoine des textes numérisés, livres et textes sous licences ouvertes. Déjà de quoi faire !

Elle est abonnée à une bibliothèque : en s’identifiant cette fois-ci avec son compte d’abonnée, elle a accès aux livres numériques qui ont fait l’objet d’un accord entre les éditeurs et sa bibliothèque. Elle ne sait pas bien comment on négocie ça, mais ça marche, puisqu’elle peut « emprunter » 3 livres par mois – 36 par an.

Mais Rachel a ses propres livres (numériques). Elle peut les apporter à Bilinum si elle en a le droit (elle se renseigne) pour les mettre en ligne ou plus simplement en parler sur ses réseaux. Elle a juste donné son accord pour faire ce partage. En fait, elle n’est pas assez fan de lecture pour en parler sans arrêt : « Pas comme Roxane, qui lit comme on dévore et en parle tout le temps et qui, elle, a branché son réseau social de lecture sur Bilinum : ses amis – lecteurs – en veulent toujours plus… »

« Sinon, c’est le blog Biliblog et sa page FB qui racontent, un peu décalé, ce qui arrive sur Bilinum : pas toujours folichon, pointu comme on dit. Ou alors ça va bien avec les exposés, l’actualité. Quand on en est – de Bilinum –, on est reconnu. “Tu es sur Bilinum ?” “Oui, ma prof m’a dit que… mais finalement pas mal.” “C’est gratuit, ça va partout : tu piques une tablette et tu te connectes, c’est bon. Après tu peux continuer sur un ordi, au lycée ou chez toi avec tes marques (j’ai mis des signets et des tags).”

Et, régulièrement, des promos : “Lisez en exclu.” Des fois c’est drôle, d’autres fois très inquiétant. Bon, on n’en fait pas des kilos, juste montrer qu’on n’est pas des ignares, qu’on sait que les livres c’est écrit par des gens qui ont vécu les histoires. Ou imaginé peut-être.

Vivement que Bilinum nous donne des vidéos pareil : des trucs rares ou précieux et même des musiques qu’on ne trouve plus.

Quand tu sais te débrouiller avec Bilinum, tu vas partout : tu peux parler avec l’auteur ou bien l’éditeur, il y a des rencontres dans des endroits assez sympa : tu vois tout le monde les yeux sur son écran pour lire le texte. Et puis tu profites de nouveaux documents : des vidéos sur l’auteur, des interviews ou des critiques et souvent des idées pour lire d’autres livres sur le sujet.

Bon, allez voir Charles : il a tout son temps maintenant et accro comme il dit à l’ordi, il a dû squatter chez vous, à Bilinum, non ? Note qu’il est plutôt bien, il nous laisse la paix, la pax comme il dit (il doit lire plein de trucs en latin, c’est pas possible). Et aussi notre prof Élisa : elle nous a monté un atelier autour de l’affaire Calas de Voltaire: le texte est de 1762, et ça se passe à Toulouse : en gros tu mets tes notes en ligne et ça fait un classique annoté… par nous ; tout le monde peut le voir. »

« Si je vais être écrivain plus tard ? Heu non merci mais je sais comment ça marche ; quoique être publié sur Bilinum, c’est possible et ça vraiment, c’est très classe… »

« C’est quoi un livre numérique ? Je ne sais pas, il y a d’autres livres mais pas toujours facile de les emporter partout. Ils disent qu’on est des nomades de la lecture. Peut-être, en tout cas leurs auteurs hé bien comme ça ils voyagent, ils s’en vont des bibliothèques et des librairies, et ils sont avec nous. »

vendredi, 06 juillet 2012

Les livres numériques dans ta Bib : Où ? Comment ?

Les propositions actuelles d'accès aux livres numériques (homothétiques sous droits) pour bibliothèques passent par des relais : plateformes, webservices.

Ces propositions facilitent - peut-être - la vie des bibliothécaires. Mais elles encapsulent de fait les droits et les accès.

En écoutant l'idée de Franck Queyraud et en regardant les initiatives prises déjà par quelques bibliothèques pionnières à leur façon , ne faut-il pas se poser la question non seulement du garage des livres numériques, mais de l'atelier de préparation, mais aussi de la fabrique ? Mais aussi du service ?

On peut appeler cela Plateforme, webservice, Portail.

Faut-il le rappeler ? Oui. Le dépôt de livres numériques ne constitue pas une bibliothèque.

L'idée de départ est la suivante:

- atteindre l'ensemble des livres numériques que souhaite présenter la Bibliothèque (quels que soient ses critères de choix : collections,  suggestions des lecteurs, actualité), quels que soient leurs statuts  (sous droits, libres, du domaine public, création, etc ...)

- puis mettre à disposition les livres numériques.

La présentation des documents est forcément liée à un travail de référencement et de médiation. Aucune bibliothèque ne peut s'exonérer d'un choix, d'un sens de classement et d'une action de présentation. Pourquoi en serait-il autrement avec le numérique ?

Au passage, disons que pour atteindre des livres numériques, point n'est besoin - forcément - de les emmagasiner physiquement sur son serveur : les "hub" permettent tout-à-fait de rendre accessible tout livre numérique sous droits dont l'accès a été décidé et contractualisé, et tout ensemble de données nécessaire à la description et au téléchargement (ou à la lecture en streaming)

En "remontant" les flux et les métadonnées là où "ça va bien se mettre", on commence à approcher  pour de vrai le travail du bibliothécaire.

Mais cette idée simple est-elle réalisable ? Sans doute, puisque les éditeurs la pratiquent avec quelques plateformes bien connues mondialement. Comment ? En signant des contrats.

Où serait l'empêchement ? Sans doute dans deux arguments :

- la multiplicité des contrats à signer avec 2 000 ou 3 000 bibliothèques publiques (ou plus exactement leurs collectivités), et on peut comprendre combien ce travail serait difficile à réaliser, sauf à passer par un Hub qui détiendrait déjà l'autorisation de tous les éditeurs concernés, en lien avec une association  nationale dont la mission est d'accompagner les bibliothèques vers les ressources numériques (simple suggestion),

- la nature et le montant de la rémunération liée aux droits.

Ces deux arguments ne sont pas dans le même plan. Ils procèdent de deux étapes distinctes :

1. La Bibliothèque met en place un Web-service/Plateforme/Portail qui permet de "voir" tous les livres numériques : métadonnées, et premières pages (extrait), description, modes de lecture. Cette étape est réalisable techniquement.

2. En fonction du ou des contrats signés (dont il faut bien rappeler qu'ils relèvent de marchés publics), la bibliothèque rend accessible la lecture du livre numérique par ses abonnés. Les modalités sont définies par le marché : stockage sur place et/ou à distance, téléchargement possible, streaming et/ou lecture en cache, déchargement sur des liseuses, etc ...

En revenant sur les projets de formes de licences globales ou légales, ne faut-il pas dire alors que le principe même de la licence est d'abord de permettre effectivement l'étape 1 (et ceci pourrait répondre collectivement à la difficulté des multiples contrats) ? Incluant donc la possibilité de passer à l'étape 2, par l'intermédiaire - c'est ma position - du libraire (les contrats de mandat sont alors négociés avec cette option).

Sans entrer ici dans les mécanismes de calcul de cession de droits, l'installation de services rendant visibles les livres numériques constitue à coup sûr une première étape. Elle agrège bien  tous les livres numériques, quels que soient leurs statuts, à partir du moment où leurs métadonnées sont compatibles. Elle procède d'une intention de la bibliothèque à faire connaître et découvrir la lecture numérique à tous ses usagers.

Est-ce la fin des prestataires qui aujourd'hui assurent ce type de services sur des ensembles thématiques de collections ou des pans restreints de livres numériques ? Non pas, ils peuvent tout-à-fait proposer leurs services pour mettre en place la plateforme pour la bibliothèque (c'est une prestation à part entière), voire gérer à sa demande l'ensemble du service.

Et pour les éditeurs numériques ou services thématqiues, leurs liens  vont rejoindre ceux que la bibliothèque aura mis en place par ailleurs dans sa bibliothèque numérique (mais on peut en reparler)

Voici donc le garage, son atelier de préparation et plus tard sa fabrique (des bibliothèques y sont déjà) de livres numériques. Mais quel service ?

La valorisation des livres numériques reste une des tâches essentielles des bibliothécaires. Actionner la médiation numérique (du numérique, par le numérique, pour le numérique) va amener à "produire" comme on dit, et enrichir très notablement la bibliothèque numérique. La plateforme doit le permettre et l'intégrer, sans d'ailleurs que les contenus quittent leur statut public (application de licences libres sur les contenus). Les éditeurs & les libraires qui sont dans cette démarche autorisent alors leurs flux à venir compléter ce travail.

De même, les autres interpellations numériques (notamment les réseaux sociaux de lecture) doivent pouvoir s'adjoindre à cette démarche, qu'ils soient ceux suscités par la bibliothèque ou celui choisi par le lecteur.

Aucune proposition aujourd'hui ne permet vraiment de réaliser ce shéma. Mais cette hypothèse ne serait-elle pas examinée lors des prochaines réunions de concertation sur la commercialisation des livres numériques en bibliothèque ?

En résumé, réfléchir au dossier du livre numérique en bibliothèque suppose de mettre les boeufs avant la charrue, en partant des attentes concrètes des bibliothécaires, en lien avec les acteurs de l'écosystème numérique. Là où la recherche du retour de la rémunération des droits a toujours supplanté tout autre aspect de la démarche, il est sans doute grand temps de refaire le chemin à l'envers, d'écouter et d'analyser les expérimentations, d'en tirer les conclusions et de rouvrir le chantier sur des bases pas si nouvelles que cela .

On y verrait tous plus clair et alors on pourrait ensuite parler - pièces en main - des coûts de cession des livres numériques.

vendredi, 30 septembre 2011

livre numérique en bibliothèque : sept réalisations

A défaut de disposer de bouquets pour les lecteurs abonnés, ce qui est une bonne idée, que peut-on faire autour et avec le livre numérique ?

Voici 7 réalisations qui ont été testées à la Bibliothèque de Toulouse en 2010/2011.

1. Mettre en valeur un texte "ancien" numérisé dans le contexte d'une expo

 

dieulafoy, toulouse, perse

C'est l'histoire de Jane Dieulafoy, toulousaine habillée en garçon, qui parcourt la Perse pendant 14 mois en 1881-1882. D'où sort ce projet ? D'une exposition consacrée aux sociétés de géographie et organisée par la Bibliothèque d'étude et du patrimoine (Périgord pour les intimes). Jane  tient le journal de bord de ce périple et le publie (42 chapitres) pendant que Marcel, son mari, fait le travail scientifique. Exhumée de la bibliothèque de l'Université de Columbia, l'histoire devient un feuilleton sur le site Internet de la bibliothèque. Et se met en scène à partir d'un tumblr qui chaque jour donne à voir le voyage selon une ligne éditoriale très simple : dates // "tags" // extrait // lien vers le chapitre (posté sur un feuilletoir). Jane a du talent, de l'humour et observe avec acuité les civilisations qu'elle décrit d'une humeur égale.

septembre/décembre 2011

 --> valoriser les numérisations // accompagner une expo // raconter "une histoire" // amplifier l'expo par un récit historique // apporter un "plus" à l'expo en ligne.

2. Créer un livre numérique à partir d'un concours de nouvelles

paroles de squelettes

"Paroles de squelettes" est une expo du Museum d'Histoire naturelle de Toulouse qui s'est accompagnée d'un concours de nouvelles.  Plus de 50 écrivains ont concouru au Prix. sa remise a été l'occasion d'un échange  très convivial entre auteurs et jury. La sélection retenue s'est accompagnée de la fabrication d'un livre en format epub téléchargeable librement ici . Le partage des tâches entre Bibliothèque et Museum ? A la bibliothèque le soin de créer le fichier epub et de le rendre accessible "proprement".

janvier/juin 2011

--> apprendre à créer un livre numérique // mutualiser les compétences entre deux établissements culturels // diffuser //

 3. Intégrer la présentation de liseuses dans les classes Patrimoine

Tout le monde connaît le principe de la  classe Patimoine. Celle-ci, autour de l'histoire du livre, s'est enrichie de la présentation de liseuses à encre électonique, comme si le parcours de la tablette d'argile à la tablette numérique était linéaire (mais ceux qui lisent François Bon "Après le livre" savent qu'il n'en est rien, ou tout du moins pas tout-à-fait comme ça). Cette introduction apparemment anecdotique permet de faire le pont entre patrimoine écrit ancien et nouveaux usages.

dès octobre 2010

--> actualiser l'histoire du livre //relier patrimoine et numérique //observer ensemble  les usages des générations Y et Z //

4. Prêter des liseuses aux clubs de lecteurs lors des rentrées littéraires

liseuses,

Sur les clubs de lecteurs, on peut avoir des avis différents. Ceux-ci se font une rentrée littéraire chaque année. En 2011, on renouvelle l'opération de 2010 avec le prêt de liseuses sur lesquelles ont été téléchargés les romans (disponibles) et choisis par les clubs. En 2010, 10 titres (sur les 50 demandés, sur les 113 existants en numérique et sur les 701 titres en compétition). Les bibliothèques de quartier se chargent entièrement de l'opération avec les lecteurs abonnés. Ces lectures font l'objet d'un retour par questionnaire. Les résultats ont été publiés sur le site Internet de la Bibliothèque de Toulouse

octobre à décembre 2010

--> expérience de lecture numérique // multiplication des collections //partage des compétences dans les réseaux //

 5. Monter des modules d'accueil Livre numérique / lire dans le futur pour collégiens et lycéens

 Les profs de littérature profitent des programmes scolaires pour introduire des modules Découverte. "Livre numérique" fait partie de Lire dans le futur et est organisé dans la bibliothèque. Chaque année sont accueillis plusieurs groupes, à la demande. Une présentation à l'écran - mise au point par les bibliothécaires du pôle Intermezzo -  retrace les éléments essentiels et tire le fil rouge du livre numérique. Si les tablettes sont disponibles, elles font alors l'objet de manipulations en direct. Commentaires garantis...

depuis décembre  2010

 --> médiation sur le numérique // écoute des usages des générations Y // échanges //

 6. Parler livre numérique dans les salons (du livre ?) du numérique "dans la ville"

novela


cf quand la Novela lit

Cette idée d'aller au-devant des habitants comportait des risques. Pendant 5 jours, collègues et invités présentent les livres numériques aux toulousains : 175 Toulousains accueillis pour 294 démonstrations en octobre  2010. Des contacts, de sindications précieuses sur les usages et beaucoup d'échanges.

octobre 2010

--> impact sur l'image de la bibliothèque // expertises // action hors les murs

7. Prêter un livre ...et recevoir le fichier numérique en retour

alouer_sans_commission.jpg

L'affaire démarre par un message (sur Twitter) : qui  a un bon exemplaire de "A louer sns commission" de Didider Daninckx ?  Une bibliothèque, peut-être ? En effet. Le récit est simple

Il y a du Publie.net là-dessous, mais aussi du travail d'étudiants à Bordeaux.

Affaire conclue ... avec commission : la Bibliothèque reçoit le fichier epub et le met en partage pour tous les collègues.

mars 2011

--> partager sans s'appauvrir // réfléchir à la conservation // plaisir

 

 

mercredi, 16 février 2011

Avant pendant après la loi PULN Prisunic

Toute cette agitation (au sens quasi chimique du terme) autour de la proposition de loi dite PULN ( Prix Unique du livre) ou Prisunic en langage plus trivial fait remonter des abysses des peurs, des craintes mais finalement des espoirs.

Sans revenir sur le versant législatif et juridique de la chose, dont les tenants ont été analysés par  l'IABD (en détail cette déclaration et encore ces amendements) et soutenant pleinement cette position,  je vois que l'ébullition finalement a le mérite de clarifier la situation.

Dire que le livre numérique en France est dans une position difficile n'a rien d'inconvenant. Le système d'accès parcellisé entre plusieurs e-distributeurs rend assez opaque sa visibilité, les DRM compliquent à souhait les téléchargements, l'indigence actuelle de l'offre déçoit. C'est le début, dit-on, attendez, vous allez voir.

Ce qu'on voit c'est une séance d'Assemblée nationale digne des débats et votes de la Dadvsi en 2005 avec un bâclage remarquable. Les lobbies (ne soyons pas naïfs) avaient un peu préparé le terrain. Soit.

Là-dessus, l'AFP elle-même annonce le vote de la loi : nenni, une navette vers le Sénat s'impose. La promulgation serait autour de mai 2011.

Passant là-dessus, et si on retournait aux fondements mêmes ? Le livre numérique pour une bibliothèque fait partie d'une nouvelle approche d'accès (au savoir, à la connaissance). Pourquoi cet  accès n'est-il pas partie intégrante du prix, fixé, rappelons-le par l'éditeur ?

Dire que les bibliothèques ne veulent pas payer est un mauvais procès. Avant la loi, on en parlait déjà et les pionniers ont pris les abonnements aux plateformes et services disponibles. Pendant la loi, ça continue, les recherches, les essais, parce que les dispositifs ont besoin d'être améliorés.

Et après la loi, quoiqu'il arrive, les bibliothèques seront présentes sur ce terrain.

On pourrait dire que lier le prix à la mission est un grossier amalgame. On pourait dire aussi que le livre numérique n'est pas qu'un prix et que parfois, souvent ou à égalité il est disponible dans des formats ouverts et libres parce que les droits d'auteur sont échus. Et ceux-là nous intéressent, dans cet ensemble de culture numérique ouverte. Et se tourner vers ce gisement sera peut-être (sans doute) un sacré échappatoire. Parce que l'Etat a failli sur ce dossier, parce que les 11 millions de lecteurs sauront tous pourquoi les bibliothèques ne proposeront pas de ces livres numériques homothétiques (et les autres?) si les conditions d'accès ne sont pas réunies. Parce que quelque part aujourd'hui, il y a besoin de comprendre comment se créent les champs numériques du savoir et d'y participer avec autre chose qu'un bon de commande administratif.

Finalement, la bonne leçon de Prisunic est peut-être celle-là : bibliothécaires, partez à la découverte des ressources numériques disponibles, créez-en de nouvelles, parlez-en avec les "gens", promouvez les littératures nouvelles, singulières (il y a des éditeurs qui sont prêts à le faire et qui le font).

Quand les territoires numériques commenceront à coïncider avec ces nouveaux territoires de vie, les offres "en l'air" seront bien moins attrayantes. Tant pis pour le marché. Tant mieux pour la culture.

 

 

 

 

 

 

 

jeudi, 16 septembre 2010

Inique prisunic du livre numérique

Le jeu de mot était facile, il est venu tout de suite sous le clavier à l'annonce de la proposition de loi déposée  au sénat par Catherine Dumas et Jacques Legendre, président de la commission de la culture de la dite assemblée.

MagasinPrisunicdef.jpg

L'introduction d'un quasi cavalier législatif portant sur un délai imposé avant mise à disposition des livres numériques (homothétiques) aux bibliothèques donne une petite idée des tensions qui doivent électriser les acteurs.

Quoique... Souvenez-vous de cette réflexion prémonitoire il y a deux ans, je [me] dis à la fin du billet, à propos de la chronologie des médias : "Imaginer qu'un livre (numérique) ou un Cd audio suivent la même logique"

Dans unique il y a ... U

Parlons encore de lobbying car seule une action commune de la profession permettrait de faire reculer ( et disparaître) cette mesure inique et stupide et dangereuse. Décidément, le pouvoir d'achat des bibliothèques est-il toujours occulté  ? Sur un marché qui reste de niche pour l'instant, pourquoi négliger des acheteurs solvables, recevant un public important ?


A la limite, il faudra inciter les bibliothèques à acheter des livres numériques à l’unité, les déposer sur des supports de lecture (suivez mon regard) et à les rendre accessibles aux lecteurs de cette manière-là.

Ou bien, pour contourner la loi en s'échappant de ce maudit article 3 qui dit notamment  que"Les offres groupées de livres numériques, en location ou par abonnement, peuvent être autorisées par l'éditeur, tel que défini à l'article 2, au terme d'un délai suivant la première mise en vente sous forme numérique. Ce délai est fixé par décret.", aller vers des livres numériques enrichis, augmentés, médias en fait.

Au prix unique de la Loi Lang avait correspondu une loi sur le droit de prêt dont on mesure bien les limites, mais ... Ici, la négociation, pourtant parfois tentée officieusement, n'a aucune marge de manoeuvre dans ces conditions. Effet collatéral ? Certainement.

A suivre...

On peut lire:

--> quelques billets pertinents (F Bon, T Crouzet) signalés par : http://www.precisement.org/blog/Prix-unique-du-livre-numerique-ou.html

--> le billet de Bibliobsession

Note : de mémoire, rien de tel n'avait été évoqué lors dela table ronde organisée par la dite commission de la culturel du Sénat le 28 avril 2010

 

edit  17 sept : reprise par Actualitté

 

edit 28 sept : le communiqué de l'IABD http://iabd.fr/spip.php?article104