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jeudi, 03 juin 2010

Stage et enquêtes : stop !

Ce n'est qu'une demande parmi d'autres. Elle est seulement arrivée au mauvais moment et a fait déborder le vase.

Précisons que la personne n'est pas en cause, mais plus un système pervers où les professionnels sont priés de faire le travail des étudiants avec la bénédiction de leurs profs.

* Voici la demande (j'ai ôté les éléments qui permettaient d'identifier l'établissement):

"Bonjour,

Etudiante en année xxxxxxxxxxxx à xxxxxxxxxxxxxx [métiers du livre], je suis actuellement en stage à la bibliothèque de VXXXXXX. Je réalise mon mémoire de DUT sur la valorisation des services numériques en bibliothèque et aimerais avoir des renseignements sur leprêt de liseuses (le plus rapidement possible).
[le plus rapidement possible, bien sûr]

* Suit une liste de 14 questions
1 - Le prêt de liseuses est-il possible pour la bibliothèque (sous quelles conditions) ?
2 - De quelle(s) marque(s) de liseuses s'agit-il ?
3 - Contiennent-elles déjà des titres de livres (bouquet de base) ?
4 - Combien de temps peut-on les avoir en prêt ?
5 - Peut-on avoir une démonstration d'utilisation pour les bibliothécaires ?
Ateliers de démonstration pour les lecteurs ? (indiquer le tarif si ce service est payant)
6 - Quelles fonctionnalités et avantages peut-on mettre en avant auprès de nos lecteurs quant à leur utilisation ?
7 - Peut-on avoir les tarifs de ces prêts de liseuses (possibilités
d'avoir des devis)
-       prêt d'une liseuse pour une journée ?
-       prêt d'une liseuse pour une semaine ?
-       prêt d'une liseuse pour un mois ?
-       prêt d'une liseuse pour un an
8 - Si on choisit d'opter pour le prêt de plusieurs liseuses y a-t-il
des tarifs préférentiels ? Si oui, lesquels ?
9 - Pouvez-vous m'envoyer par mail un contrat type de prêt de liseuses ?
10 - Que se passe-t-il si le matériel est endommagé par un des lecteurs?
11 - Avez-vous fait des prêts de liseuses pour d'autres bibliothèques ? Si oui, lesquelles ?
12 - Proposez-vous des outils promotionnels en cas de prêt de liseuses ? (flyers, affiches...)
13 - Si l'on souhaite mettre une liseuse en démonstration sur une borne à l'intérieure de la bibliothèque, y a-t-il moyen de l'attacher à cette borne ? Prêtez vous ce type de bornes ?
14 - Y a-t-il des moyens de mettre des antivols sur les liseuses si l'on veut les mettre à disposition au sein d'un espace de la bibliothèque, mais qu'elles n'en sortent pas ?

Merci pour votre collaboration"

[enchanté de cette collaboration]

Ma réponse :

"Merci de votre message

Maintenant j'ai le choix entre deux possibilités :
- soit répondre à votre questionnaire
- soit terminer la préparation de cette opération
J'ai choisi la 2° option.

Ce qui m'amène à dire ceci : j'aurais bien voulu que vous nous donniez un coup de main pour réaliser les questionnaires, les procédures, repérer les infos utiles, réfléchir au lancement, préparer les articles sur le site Internet.
Au niveau où vous êtes rendue, permettez-moi respectueusement de penser que vous devriez être en position d'aider à concevoir des nouveaux services.
Je pense à la future professionnelle que vous allez devenir : bibliothécaire, pas collectionneuse d'études et de sondages sur tel ou tel usage.
J'aurai été un peu direct, je reste à votre disposition (et à celle de vos enseignants).

cordialement,"

09:12 Publié dans livre(s) numérique(s) | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : liseuses, ebooks, métiers du livre, addnb | |  Facebook | | |

vendredi, 29 janvier 2010

29 janvier 2010, une bonne journée

 

2CV_verte.jpg

Bonne journée personnelle que le 29 janvier : j'ai fait une "sortie de grange" (urbaine) d'une 2CV de 1983 qui a fait ses 150 premiers kilomètres entre Toulouse et le Gers ; elle remplace la grise et noire qui avait subi quelques avanies vendéennes. Et pourquoi bouder ces petits plaisirs où l'électronique n'a aucune place ?

 


Bonne journée professionnelle avec un articulet du journal La Croix qui m'a permis d'exprimer (autant que la journaliste a bien voulu ou pu le faire) une position des bibliothèques sur le livre numérique : un manque cruel . Ce qui n'a pas été retenu tient dans six items :

laCroix_titre.jpg

- l'objet technologique (tablette Apple) ne fait pas le livre numérique

- nous sommes attachés (liés) à la diffusion de la connaissance et des savoirs

- les bibbliothèques sont incarnées, et ce sont leur contexte local, social, culturel et leurs collections qui  font sens = les livres numériques viennent compléter et irriguer cela
- le prochain support est le smartphone
- la chaine du livre n'est pas prête
- les bibliothèques créent toujours l'innovation dans la chaine du livre : cette légitimité à  expérimenter est donc de fait.

 

laCroix_articulet.jpg

 

 

 

iPad, l'acmé

iPod, iPhone, iPad : la trilogie est au complet.

Me vient à l'esprit l'image des moines de "Sacré Graal" qui défilent, tablette à la main, en charabiant quelques formules latines et en se frappant le front compulsivement.

L'objet technologique à l'acmé :  on aurait donc atteint le sommet dans la (courte) histoire de la liseuse, anticipant sur les usages et les contenus, parce que le" marché" fonctionne comme ça aujourd'hui. Dont acte.

Mais quand même !

Où sont les livres numériques ? Quelle chaîne du livre numérique aujourd'hui ? Quelles plateformes ? Quels services pour les bibliothèques ? Quels droits (prêt) adaptés au document numérique ?

180px-Moses-Ribera.jpg

 

jeudi, 14 janvier 2010

Dans le rapport Tessier, il y a

Ma lecture complète du rapport Tessier, après une première réaction quasi épidermique, s'attache à pointer deux problématiques :

- en quoi le rapport fait-il avancer réellement la question de la numérisation du patrimoine écrit ? Et pour quels accès ?

- quelle est/sera la place des bibliothèques dans le futur dispositif ? Et quel rôle sera dévolué aux bibliothécaires ?

Les fleurs : un rapport d'une rédaction claire et intelligente.

- Rien à dire sur la lecture agréable : rédaction concise, notes explicatives vraiment explicatives, historique restitué pour l'essentiel. On suit sans difficulté l'évolution du dossier, on identifie les acteurs.

- les propositions sont énoncées clairement et  argumentées.

Les épines : les obsessions, les malaises, les manques.

- Google est décrit à la fois comme un moteur, un acteur de la numérisation, une plate-forme. Dont acte.  Ce qui est plus troublant, c'est que le positionnement suit toujours le même chemin : Gallica par rapport à Google ( améliorer l'interface, le moteur en page 7). Dans cette urgence, je regrette le manque de recul sur la matière  objet de la numérisation : quoi numériser? Pour qui ? Pour quel usage outre la conservation du patrimoine ? Et l'adhésion un peu courte aux choix de Google-moteur qui vont jusqu'à ce que je définirais comme une compromission, je cite : " la grande majorité des internautes, notamment le grand public, n'attend pas véritablement une éditorialisation des archives : elle veut trouver ce qui l'intéresse". On y reviendra car cette appréciation est vraisemblablement fausse.

- La question de l'indexation et de la structuration des données et métadonnées est évoquée et sauf à lire l'annexe d'Alban Cerisier (ce que je n'ai pas encore fait) les indications restent un peu vagues.

- La place des réseaux sociaux est réduite à la portion congrue, c'est la cerise geek sur le gâteau. Les observateurs du Web 2.0 tiennent actuellement un discours autrement plus étoffé sur le phénomène. Cette déclaration rejoint un autre écueil : la construction d'un grand TOUT au moment même où le Web fait la preuve de sa dissémination la plus totale. Disons qu'il peut s'agir d'une confusion entretenue par Google lui-même entre le travail d'un moteur (avec ses résultats) et la constitution d'un entrepôt unique "national".

- Google n'a pas fait la preuve de ses qualités de "numériseur". D'autres partenaires privés ont sans doute plus de qualités. Pourquoi les écarter sur ce point ? Si une véritable industrie de la numérisation ne voit pas le jour en France, comment assurer les déploiements futurs sinon en se retournant à nouveau vers le même ? Sans mettre en cause l'expertise de la BnF, où sera la compétence ( = transfert de savoir-faire) que demanderont les bibliothèques ?

Et les (autres) bibliothèques dans le projet ?

Très peu citées - si l'on excepte les bibliothèques nationales- les bibliothèques n'apparaissent jamais comme des acteurs majeurs de consultation et de prêt , et très peu comme des acteurs de la numérisation. La vision à nouveau jacobine du projet semble en pleine contradiction avec le discours sur les réseaux sociaux en tant qu'accélérateurs de l'accès. Les réseaux de bibliothèques publiques se modernisent, accueillent des millions de lecteurs, sont  à l'écoute des attentes, numérisent très régulièrement et travaillent en partenariat via notamment leurs agences régionales de coopération, leurs consortiums  et leurs associations professionnelles.

La note en bas de page 24 ( position révélatrice) dit bien que "un tel accès pourrait être monétisable [on parle ici des ouvrages que les éditeurs ne souhaitent pas  publier à nouveau sous forme papier] par exemple[...] soit au sein des bibliothèques, sous la forme d'abonnement." C'est faire peu cas de la chose : les abonnés des bibliothèques réclament de tels services, les apprécient et savent dire quelles sont leurs demandes. L'arbre Google "gratuité-résultats" cache à nouveau la forêt de la lecture publique dont la responsabilité relève des mêmes décideurs qui commandent ce rapport. Alors, à quand des licences nationales dont la mise en place devrait relever d'un financement privilégié via le grand Emprunt ?

On ne va pas déplorer la "coopération verticale descendante" : le rapport ne propose aucune mesure réaliste pour remédier à cette situation, sinon une centralisation "verticale" des moyens.

Enfin, grande contradiction entre les intentions vertueuses qui consistent à ouvrir les portes de la BnF aux bibliothèques qui veulent numériser selon ses propres critères et sur marchés publics d'Etat (les juristes en discuteront plus tard dans le cadre de l'autonomie des collectivités locales) et la possibilité de qualifier le patrimoine écrit par le travail des milliers de bibliothécaires, dont c'est - quelque part- le métier. Parce que les seules communautés intéressantes se sont développées en dehors des grands systèmes et que l'impossibilité d'intégrer zazieweb dans un réseau de coopération est un exemple cruel et pas si lointain.

Sur ce point-là, les "nouvelles fonctionnalités simples d'utilisation mais innovantes" (page 29) qui seraient proposées ne correspondent pas au projet des bibliothèques qui disséminent, prennent place sur les réseaux sociaux et suscitent des communautés de proximité, si modestes soient-elles.

Créer ou recréer le grand TOUT (on parle aussi de mettre en oeuvre un moteur très performant) qui répondrait à toutes les attentes ne va pas dans le sens de l'Internet aujourd'hui : accès, oui, par un référencement solide (c'est le rôle des moteurs) mais surtout "donner la main" aux internautes qui savent indiquer les bons chemins quand les bibliothécaires ouvrent assez grand les portes de leurs bibliothèques numériques. Lesquelles se dessinent comme des espaces complémentaires et indissociables désormais de leurs lieux d'accueil.

edit  à la fin de la rédaction de ce billet : sans partager totalement les analyses d'Affordance , j'y souscris sur bien des points. Et notamment celui-ci : soulever la question du partage de l'indexation et du référencement (au sens bibliothéconomique) renvoie directement à la légitimité d'un réseau de lecture publique que ni Google ni le Gallica nouveau ne remplaceront.

 

 

lundi, 30 novembre 2009

Plateformes enfin ?

D'aucuns connaissent mon obsession morbide pour les projets de plateformes d'accès aux documents numériques, ici et maintenant, c'est-à-dire adaptables à chaque établissement et capables de mettre à disposition toutes les acquisitions/ découvertes/ production tant pour les usagers que pour les abonnés. ( et je ne suis pas le seul)

Accélération soudaine des processus ? Révélations  opportunes ou opportunistes de projets ?  L'annonce de la présentation  imminente de POLINUM le 17 décembre prochain révèle que des acteurs de la chaîne numérique sont très intéressés  - soudain ? - par la diffusion. On citera dans le désordre : Arkhenum, I2S, Exalead, Adera et encore Isako.

[Rappel arrière et récent : I2S vient de prendre le contrôle d'Amanager, soit une alliance d'acteurs majeurs de la numérisation ( matériels et process).]

D'un côté, immobilisme quasi total (on en connaît les raisons et elles n'excusent pas tout), de l'autre projet quasi industriel. Et entre les deux ? Quels sont les acteurs de la numérisation qui pourraient participer à un tel développement ? Quel écho recevraient-ils de la part de bibliothèques ? Qui financerait l'étude ? Pourquoi tant de silences ?

4 à 5 e-diffuseurs d'ebooks pas toujours connectés aux libraires, une demi-douzaine de plateformes pour bibliothèques ( Numilog, Bibliomedias, l'Harmattèque, Eni, Cyberlibris, ...) = un désordre qui n'engendre pas les projets. Et pourtant, l'urgence est certaine.